par Abed Charef
Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, un Noir est en position de remporter les élections présidentielles. Un événement majeur, qui donnerait une force exceptionnelle au mythe du « rêve américain ».
Les Etats-Unis d’Amérique s’apprêtent à vivre, le 4 novembre, l’événement le plus marquant de leur histoire, depuis un demi-siècle. Qu’ils choisissent Barak Obama pour succéder à George Bush, ou qu’ils confient les destinées de leur pays à John MacCain, les Américains vont faire un choix qui marquera durablement leur pays et, d’une certaine manière, le monde entier, en raison du poids encore excessif de cette hyper puissance dans les affaires internationales. En effet, quelle que soit l’issue du scrutin, le résultat sera historique, particulièrement si Barak Obama est élu. Le sénateur de l’Illinois serait alors, le premier noir à accéder au poste de l’homme le plus puissant du monde, celui de président des Etats-Unis d’Amérique. Ce qui permettrait à ce pays, profondément marqué par l’esclavage et le racisme, de solder ses comptes avec un passé chaotique. Plusieurs siècles d’esclavage, une guerre civile particulièrement meurtrière, un autre siècle de discriminations, l’apparition de mouvements racistes comme le Ku Klux Klan : c’est en effet tout cela, l’histoire des Etats-Unis, avant que n’émergent des figures positives et médiatiques comme Martin Luther King et son fameux « dream » (rêve) d’une Amérique débarrassée de ses fantômes ségrégationnistes.
Une victoire d’Obama permettrait ainsi aux Etats-Unis de faire un bond exceptionnel dans le sens de l’histoire. L’événement serait d’une telle ampleur et d’une telle portée, que la crise financière actuelle, malgré son ampleur, pourrait être reléguée au second plan. La guerre en Irak, l’Afghanistan, les relations difficiles avec l’Iran : tous ces dossiers pourraient apparaître secondaires, face à l’élection de Barak Obama. D’autant plus que le candidat démocrate pourrait apporter un regard nouveau, une conception nouvelle de la politique, susceptible de contrer le poids écrasant du système américain.
C’est d’ailleurs dans ce domaine, qu’Obama jouera gros. Il porte tellement de symboles qu’il ne pourra pas se permettre d’échouer, ni même réussir à moitié. Il est condamné à réussir pleinement. Utilisera-t-il son aura, et cette formidable force qu’il incarne, pour bousculer les lignes et imposer ses règles au système américain, ou bien se contentera-t-il de laisser fonctionner le système, sans prendre trop de risques ? Pour l’heure, il est difficile de le dire, même si on lui attribue, d’ores et déjà, une aura exceptionnelle et un côté visionnaire au moins égal à celui de John Kennedy. Les défis sont énormes. Pour réussir, Barak Obama aura besoin de toutes ses qualités et de tous ses atouts, d’autant plus qu’il partira avec un handicap majeur, avec la crise financière qui a ébranlé l’Amérique, et qui réduit considérablement sa marge de manoeuvre. En contrepartie, il bénéficiera d’un atout de première importance : il succédera au président américain le plus impopulaire depuis la Seconde Guerre mondiale, et il lui sera très difficile de faire pire que George Bush... L’enjeu dépasse toutefois largement la personne de Barak Obama, car c’est l’Amérique et, avec elle, le monde entier, qui se trouvent embarqués dans l’arche du sénateur de l’Illinois. Obama constituerait en effet une rupture exceptionnelle, la seule peut-être qui pouvait redonner espoir à l’Amérique après deux mandats de George Bush. Noir, jeune, beau, symbole d’un mélange multiracial, il était plus apte qu’Hilary Clinton pour symboliser l’Amérique du 21ème siècle.
Il semble même prédestiné à jouer un rôle précis : représenter le fameux rêve américain, à un moment où la crise est telle que le monde commençait à douter d’une Amérique qui doute d’elle-même. Quoi de mieux en effet qu’un enfant né au bout du monde, élevé à l’autre bout de la planète, dans une famille éclatée, appartenant à une minorité noire, pour symboliser le succès que l’Amérique promet aux siens ? Quoi de plus beau que de confier à un jeune ayant un tel profil, le soin de diriger la première puissance économique et militaire du monde, celle qui totalise encore le tiers de ce que le monde entier consacre à la recherche-développement, celle qui consomme le quart de l’énergie et de l’eau produites dans le monde, qui concentre annuellement près de 40 pour cent des inventions et découvertes scientifiques du monde ! Car, si l’Amérique est en crise, elle n’en reste pas moins le moteur du monde dans de nombreux domaines, aussi bien pour l’économie que pour le savoir. Ses entreprises restent les plus puissantes, ses universités sont les plus performantes au monde, et sa puissance économique ne sera, au mieux, égalée que dans plusieurs décennies par la Chine.
Deux entreprises, Microsoft et Google, fondées par de jeunes gens, ont atteint une capitalisation boursière qui se rapproche du PIB du Mexique, qui compte pourtant plus de 100 millions d’habitants. Faut-il pour autant « voter » Obama, comme l’opinion européenne l’a fait à près de 80 pour cent ? Nul doute qu’Obama aura une perception de la politique différente de celle de George Bush. Il aura probablement un regard différent sur l’Afrique, et tentera une nouvelle approche dans les relations avec le continent noir. Mais là s’arrêtera probablement Obama, car il devra composer avec les impératifs du système américain.
Revers de la démaille, l’élection éventuelle d’Obama donnera une sorte de carte blanche aux Etats-Unis. Obama fera ce qu’il voudra dans le monde entier, et particulièrement en Afrique et dans le monde arabe. Il sera impossible de critiquer la politique américaine dans cette partie du monde, y compris si Obama maintient, et c’est le plus probable, la politique traditionnelle des Etats-Unis au Proche-Orient.
Barak Obama s’est d’ailleurs plié au système, en affirmant, devant les associations juives, que Jérusalem sera la capitale éternelle d’Israël, alors que ce point constitue à l’évidence un point des futures négociations sur le Proche-Orient. Il a été contraint de faire de la surenchère, et a montré qu’il avait de véritables capacités de se plier aux règles imposées par le système. Pour que la désillusion ne soit pas complète, il reste à espérer que Obama a fait cette déclaration parce que la campagne électorale l’exigeait, mais qu’une fois élu, il fera preuve de plus justice.
Les Africains, quant à eux, auront vaguement le sentiment qu’ils sont eux aussi au pouvoir aux Etats-Unis, si le frère Barak remporte les élections. Ils seront prêts à tout admettre de sa part. D’autant plus qu’il a un atout imparable : il ressemble à un mythe africain, Nelson Mandela.
(Le Journal Chrétien, en partenariat avec le Quotidien d’Oran)
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