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L’EGLISE ET LES MIGRANTS mercredi 6 juin 2012

S'INSCRIRE A CHRETIENS EN RESEAU

Les médias, nous présentent souvent des tragédies vécues par des immigrés ce qui peut faire naître une impression négative du phénomène migratoire. L’Eglise réagit en affirmant, par la voix de ses responsables, que la migration gérée de façon humaine et généreuse peut être positive pour l’humanité. L’Eglise n’est pas naïve et loin de nier les situations de détresse matérielle et morale de beaucoup de migrants, elle veut prendre sa part de responsabilité pour transformer l’épreuve de la migration en chance à saisir pour servir l’unité de l’humanité. Pour l’Eglise, ces rencontres de personnes et de groupes d’origines diverses tissent une histoire promise à un avenir. Cet avenir est garanti par la promesse de Dieu, déjà accomplie en Jésus Christ, du rassemblement de l’humanité entière dans une expérience commune de Salut.

Les médias, nous présentent souvent des tragédies vécues par des immigrés ce qui peut faire naître une impression négative du phénomène migratoire. L’Eglise réagit en affirmant, par la voix de ses responsables, que la migration gérée de façon humaine et généreuse peut être positive pour l’humanité. L’Eglise n’est pas naïve et loin de nier les situations de détresse matérielle et morale de beaucoup de migrants, elle veut prendre sa part de responsabilité pour transformer l’épreuve de la migration en chance à saisir pour servir l’unité de l’humanité. Pour l’Eglise, ces rencontres de personnes et de groupes d’origines diverses tissent une histoire promise à un avenir. Cet avenir est garanti par la promesse de Dieu, déjà accomplie en Jésus Christ, du rassemblement de l’humanité entière dans une expérience commune de Salut.

Défendre les droits de l’homme migrant

L’Eglise n’ignore pas les difficultés économiques, sociales, politiques, sanitaires, de sécurité liées à l’immigration mais elle veut s’y affronter et relever le défi.. « Si elle respecte le droit de chaque Etat de contrôler et de maîtriser l’entrée des étrangers sur son territoire (…) au nom de l’Evangile du Christ, elle se reconnaît le devoir d’interroger inlassablement les responsables de la société et les opinions publiques pour que les mentalités et les cœurs s’ouvrent et que de vraies politiques de coopération internationale se dessinent. » dit Jean Luc Brunin, Evêque d’Ajaccio, ancien Président du Comité Episcopal Français des Migrations.

Des responsables d’Eglises qui interpellent les gouvernements

Lors de la discussion du projet de loi en vue de réformer le Code d’Entrée et de Séjour des Etrangers et des Demandeurs d’Asile en France, le Conseil d’Eglises Chrétiennes en France a rendu publique une lettre qu’il a adressée le 25 avril 2006 à M. Dominique de Villepin, Premier Ministre dont voici un extrait :

(…) L’existence des « sans papiers » est une réalité incontournable, estimée aujourd’hui à plusieurs centaines de milliers de personnes. Peut-on uniquement leur proposer de repartir dans leur pays d’origine, de gré ou de force ? Cela nous paraît tout à la fois irréaliste d’un point de vue pratique que problématique sur le plan humain. Nous regrettons donc que le projet de loi ne contienne que des mesures qui auront pour effet de restreindre encore les possibilités de régularisation de ces étrangers. Ce signal restrictif nous inquiète dans la mesure où il ne pourra que maintenir dans la précarité administrative et sociale de trop nombreuses personnes… »

Des responsables d’Eglise qui s’expriment clairement par les médias

Monseigneur Georges Pontier, évêque de La Rochelle s’exprimait au nom de la conférence des évêques sur ce même projet de loi : « Les restrictions sur le regroupement familial, sur la carte de séjour, sur le droit d’asile ; le fait de favoriser les plus doués, les plus intelligents, ceux qui peuvent nous rapporter, à nous, tout cela nous semble inhumain ou en tous les cas pas assez humain….si nous avions eu autant de détermination depuis des décennies pour travailler au co-développement, c’est à dire aider les pays d’origine à se développer…peut être n’aurions-nous pas tant de gens qui veulent quitter leur pays. » Et au reproche de ceux qui trouvent les évêques généreux mais manquant de réalisme, Monseigneur Pontier répond : « le vrai réalisme c’est de travailler sur les causes et non sur les conséquences. Or, les causes de l’immigration, ce sont le sous-développement ou les conflits à l’intérieur des pays qui poussent les gens à chercher le droit d’asile ailleurs. Ce projet, lui, agit sur les conséquences. Il y a des gens ici et on veut les renvoyer, sans agir sur les causes. Cela n’est pas suffisant et ce n’est pas réaliste. Car dans la misère, même chassé, on revient toujours. »

En Belgique aussi…

De leur côté, les évêques belges rappellent qu’ils sont déjà intervenus autrefois pour marquer leur solidarité avec les sans-papiers. Ils comprennent que certains d’entre eux recourent à des « occupations d’églises » pour attirer l’attention du grand public sur leur détresse, et ils acceptent que cela se fasse si les responsables locaux ont donné leur accord. Il ne faut pas y voir un chantage moral de l’Eglise sur les politiciens : le problème est avant tout humain et en appelle à la conscience de chacun et de tous.

Les évêques rappellent que les églises ne sont pas les lieux les plus appropriés pour des actions de ce genre et qu’il est préférable que les curés mettent à leur disposition d’autres espaces disponibles pour cet accueil.

Il appartient aux politiciens et à la population, de décider du nombre de personnes que le pays peut accueillir, mais les évêques invitent à la générosité.

Prise de conscience d’une mission universelle

Le protectionnisme économique des pays industrialisés, les conflits, les épidémies, la faim, jettent des millions de personnes sur les routes de l’exil dans le monde entier. Accueillir et défendre la dignité de toutes ces personnes, présentent une nouvelle mission incontournable pour les chrétiens dans tous les pays. C’est ainsi que des congrégations religieuses à dimension missionnaire et interculturelle se sont engagées ces années-ci à donner une particulière attention aux migrants dans le monde entier. La supérieure générale des salésiennes de don Bosco déclare à ce sujet : « notre option préférentielle en faveur des pauvres se traduit aujourd’hui aussi dans le choix de privilégier l’évangélisation et la promotion humaine dans les banlieues des grandes villes de l’Occident, dans les centres d’accueil des exilés et des réfugiés, au milieu des migrants. »

De simples chrétiens défendent les droits de leurs frères

Dans son Instruction « Erga Migrantes Caritas Christi », le conseil pontifical pour la pastorale des migrants insiste aussi sur le fait que l’Eglise est appelée tout entière à se sentir intéressée et mobilisée par la question des migrants. Sur le terrain, de nombreux chrétiens l’ont compris qui, avec d’autres partenaires, protestants, amis musulmans, militants laïcs, associations, viennent en aide aux personnes immigrées dont la dignité et les droits humains ne sont pas respectés.

A Saint Fons, dans la banlieue lyonnaise.

Des chrétiens attentifs à aider leurs voisins d’immeubles ou de quartiers ont décidé de monter une association pour soutenir de nombreux immigrés en grandes difficultés. Sans formation particulière, avec peu de moyens, encore moins de relations en haut lieu, ils ont décidé d’agir et ont choisi pour nom de leur association « Agir et Défendre ».

Sœur Marie-Thérèse Chamot qui a vu naître ce groupe nous en parle avec admiration :

« Ils apportent une aide administrative pour les réfugiés politiques, les demandeurs d’asile et les immigrés sans papier. Ils acquièrent peu à peu une expérience sur le terrain et se font aider par des avocats sympathisants et des organismes comme la CIMADE (1), Enfants du Monde, France Terre d’Asile…

Il est nécessaire qu’il y ait un référent à côté de ces immigrés qui ne connaissent ni les lois, ni le fonctionnement de notre administration, encore moins la langue et les usages.

Alors des membres de l’association les accompagnent dans leurs démarches à la préfecture du Rhône, chez les avocats Ils font aussi des visites aux centres de rétention : ils ont remis aux immigrés une carte de « Agir et Défendre » avec le téléphone et ceux qui sont arrêtés peuvent téléphoner et demander du secours.

L’Association a aussi organisé des manifestations avec l’enseignement public pour protester contre l’exclusion de personnes qui avaient déjà un emploi et dont les enfants étaient scolarisés au lycée. »

L’église Saint-François de Sales de Liège en Belgique accueille des Sans-papiers

Cette paroisse confiée aux salésiens, accueille des Sans-papiers depuis le 31mai 2006. Plus de six mois après, les revendications n’ont pas encore abouti, mais les sans-papiers ont pu sortir de la clandestinité et négocier directement avec le gouvernement.

L’accueil se fait avec l’accord et le soutien des paroissiens, après une demande de la Croix-Rouge. Une trentaine de bénévoles se relaient pour les rencontrer, les aider, faire des courses. D’autres viennent déposer des dons, en argent ou en nature. Un groupe de soutien pluraliste réunit les représentants de plusieurs associations. L’accueil n’est pas improvisé. 40 lits ont été disposés dans la salle paroissiale située sous l’église. Des réunions de mise au point se font chaque semaine.

Les paroissiens estiment normal d’accueillir dans une église : c’est une façon de vivre la parabole du Bon Samaritain. En effet, ces étrangers vivent déjà dans notre ville, dans notre quartier, certains sont nos proches depuis parfois 10 ans. Ils se réfèrent aussi à l’Ancien Testament : « L’étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d’Egypte » (Lv 19, 34). Leur présence réveille chez les chrétiens la mémoire de Jésus prenant la défense des exclus.

Aider aussi matériellement

A côté de ce travail de défense des droits de l’homme et de la femme émigrés ainsi que de leurs enfants, les chrétiens n’oublient pas de rendre aux migrants en difficulté matérielle et morale le service de la solidarité, de l’aide caritative.

Alphabétiser, une priorité

« La plus grande pauvreté, c’est de ne pas savoir s’exprimer, ne pas savoir lire » nous dit Madame Frimont, présidente de l’association « Agir et Défendre » de Saint Fons. « C’est pourquoi nous avons organisé des cours de français, de lecture pour les nouveaux arrivés. On y apprend aux gens à parler à un docteur, à demander quelque chose à la pharmacie, à la poste, à la banque, parfois sous forme de sketches.

De temps en temps, nous allons nous installer devant les grandes surfaces, avec un cady vide à faire remplir par la générosité publique pour les familles en difficulté.

Nous avons aussi le souci de favoriser l’intégration sociale : en réponse à une proposition de l’ACAT (2), active au Temple protestant voisin, des goûters rencontres sont organisés tous les samedis avec jeux, discussions, une occasion pour les familles immigrées et les familles « autochtones » de se connaître. »

Ce que disent des migrants aidés par « Agir et Défendre » : « ce qui nous a frappés c’est que vous les chrétiens vous nous aidiez. Le curé est venu. On nous a rendu plein de services. On ne s’en serait pas sorti sans vous.. Les chrétiens, c’est pas seulement des paroles mais ils nous aident vraiment. »

Rendre la dignité, vêtir, nourrir

De nombreux hommes, mais aussi femmes et enfants désireux de passer en Angleterre pour une vie meilleure sont bloqués à Calais. En situation irrégulière, immigrés, sans papier, clandestins, totalement privés de dignité, ils vivent dans la rue ou cachés dans les bois voisins, sont vêtus de loques et leur nourriture dépend de la générosité de quelques bénévoles.

Le directeur du lycée Don Bosco de Guines, voisin de Calais, avec des membres de son équipe éducative a décidé d’agir et lancé en septembre une opération humanitaire salésienne. Toutes les maisons de Don Bosco entre Calais et Marseille étaient invitées à participer à « La Ligne d’Espérance », un axe Nord-sud qui rappelle les inégalités de notre monde. Un convoi est remonté de Marseille par Lyon, Paris, Bailleul et Guines, et a collecté au sein du réseau salésien des vivres, vêtements et chaussures pour ces immigrés.

Sur le tract, on pouvait lire une citation de Monseigneur Jaeger, dans une lettre qu’il adresse à Nicolas Sarkozy : « des hommes, quelques femmes, des enfants, sont là ! Je suis étonné de constater que la République se comporte à leur égard comme s’ils n’existaient pas »… « La France, si soucieuse de prôner les grands principes humanitaires, a-t-elle le droit de refuser de les voir ? Est-il normal que la collectivité nationale se voile ainsi la face et abandonne ses responsabilités à des équipes de bénévoles épuisées par trois années de service ininterrompu et qui récoltent plus de tracasseries que de reconnaissance ? »

Eduquer, enseigner

En début d’année scolaire, le lycée Don Bosco de Lyon a organisé un temps fort d’accueil réciproque de tout le lycée. Les élèves dont les parents étaient originaires d’un autre pays ont été invités par continents à venir sur le podium. 50 élèves provenaient d’Afrique, 5 d’Asie, 4 d’Amérique centrale et du sud et 2 d’Océanie. A l’appel de l’Europe, environ 70 jeunes se sont levés, dont les parents sont issus d’Italie, du Portugal, d’Espagne, de Pologne mais aussi de Hongrie, de Géorgie, de Bosnie, d’Arménie.

Une jeune de Wallis a accueilli une nouvelle élève selon le rituel de son île natale, au nom de tous. Chaque jeune apportait un fruit, signe de ses richesses qu’ils voulaient mettre en commun avec ceux des autres et symboliquement tous les fruits ont fait une immense salade dégustée par tous à la récréation suivante. Voici quelques témoignages de ces jeunes :

Facinet : « ici, je découvre qu’il y a plusieurs façons de vivre ma religion ».

Je suis arrivé en France en 2005. Mes parents vivent en Guinée Conakry et je suis venu rejoindre mes frères en France. Nous sommes 5 garçons dont 3 sont mariés avec des Françaises. Le 4è est étudiant ici en France. J’habite chez l’aîné de mes frères.

J’ai quitté la Guinée parce que là-bas je ne pouvais pas avoir le même niveau de formation dans ce que je voulais faire. Je voudrais travailler dans la restauration. Quand j’aurai ouvert un restaurant en France et fait des économies, j’aimerais ouvrir un restaurant français en Guinée.

Je suis musulman mais je suis ici dans une école catholique parce qu’on a dit à mon frère que c’est une bonne école et qu’on m’y accueillait. Un lycée catholique ou public, ça ne change rien pour moi. J’aime bien la « pastorale ». Je pense que ça peut nous aider à nous construire, à avoir plus tard des responsabilités.

Ce qui m’a le plus étonné dans ce lycée, ce sont les échanges avec les musulmans d’autres pays. On ne vit pas tout à fait notre religion musulmane de la même manière et ils me disaient que je n’étais pas un vrai musulman puisque je ne faisais pas comme eux !

Mike : « quand on jette le pain, ça me fait mal »

Ma mère est française de la Guadeloupe et mon père est Zaïrois. Ils habitaient en France tandis que je suis resté à Kinshasa avec ma grand-mère. J’habitais dans une maison. La vie était bien. J’aimais bien mes copains. Au début quand j’ai su que je devais rejoindre mes parents en France, je ne le voulais pas et je pleurais beaucoup.

Je suis arrivé en France l’hiver 2000. J’ai d’abord habité à La Courneuve où j’avais des cousins mais il y avait trop de violence dans la cité et mon père ne souhaitait pas que j’aille avec les autres. Nous avons déménagé et sommes arrivés près de Lyon. Nous avons été très bien accueillis, les gens sont très aimables.

Au plan scolaire, je ressens que je n’ai pas le même parcours que les autres. En 3è on m’a proposé une SEGPA(3) pour me remettre à niveau et ça a bien marché. Maintenant je suis en CAP(4) et je voudrais être infirmier. Ici je me suis fait des copains.

Si on me dit de retourner vivre au Zaïre, pour ma grand-mère je le ferais. Mais sinon, j’aimerais pas. Je me sens bien intégré mais quand je vois à la TV les gens se noyer pour échapper à leur vie de misère ou à la violence de la guerre ou quand on jette le pain, cela me fait mal. Je me mets à leur place.

Duygu : « avec les sœurs, je m’entends bien. Je trouve ça même plutôt sympa. »

Ma famille est originaire d’une petite ville dans le Sud Ouest de la Turquie. Il n’y a de travail pour personne, hors celui des champs quand on en a !

Mes parents ont commencé à travailler en France, mon père à l’usine, ma mère faisait des ménages. Puis nous avons pu en famille ouvrir un petit restaurant. Maman est à la plonge, mon père est barman, un de mes frères est cuisinier et l’autre gérant. Après quelques années, nous avons réussi à ouvrir un restaurant plus grand au bord d’un lac. Le travail se fait toujours en famille. Pendant les vacances, j’aime bien préparer et servir les glaces et les desserts.

Ici, en France, je me sens chez moi. Je suis allée tous les ans en Turquie voir ma famille dans mon village d’origine pendant les vacances. J’aime beaucoup retrouver les grands-parents, oncles, tantes, cousins. Je ne sais pas si j’irai vivre là bas plus tard. Je mes sens bien ici en France aussi.

Mes parents parlent turc à la maison et j’ai appris le turc de cette façon. Mais je ne savais ni le lire, ni l’écrire alors je suis allée pendant trois ans à l’école turque le mercredi après-midi pour apprendre ma culture d’origine.

Je suis dans cette école car c’est la seule directe de chez moi par le train. Elle me permet de faire un bac SMS(5) tout en étant pensionnaire, Au départ, je n’avais même pas fait attention que c’était une école catholique mais ça ne me gêne pas du tout. Avec les sœurs, je m’entends bien. Je trouve ça même plutôt sympa.

Se laisser enseigner

L’Eglise s’engage dans une transformation profonde en accueillant les migrants. En premier lieu, au plan spirituel en cherchant à discerner ce que Dieu lui dit dans ces phénomènes migratoires. Ensuite, l’expérience migratoire doit aussi devenir toujours davantage un instrument de dialogue et d’annonce réciproque du message chrétien. Enfin les migrants venus de tous les horizons culturels et religieux sont une richesse pour la foi de notre Eglise.

Quelques expériences inter-culturelles et inter-religieuses sur le terrain

Chrétiens, juifs, musulmans, des chemins de rencontres

A Saint Fons- Feyzin, banlieue de Lyon à forte population immigrée, les chrétiens d’une paroisse de la Mission de France avec des membres de la communauté Sant’Egidio ont imaginé trois grandes rencontres l’année dernière. La première était une soirée-jeux à la salle communale pour faire connaissance, une deuxième était une journée de visite réciproque des lieux de cultes : mosquée, synagogue et église. La troisième rencontre était une assemblée où les participants ont échangé sur leur manière de communiquer la foi aux jeunes dans leur religion. Ceux qui y ont participé disent : « C’était très respectueux car il n’y avait pas de débats, ni de jugements. Cela nous a beaucoup rapprochés les uns des autres. On a changé nos regards sur nos lieux de culte. »

Tisser des liens par des actes concrets

Jacqueline et Vincent Plazy sont membres de l’équipe Mission de Saint Fons-Feyzin et ont créé des liens très forts avec les musulmans du quartier. Interviewés par une journaliste de la Mission de France, voici leur témoignage « En 2001, après les attentats de New York, les musulmans étaient perçus comme violents. Le pape Jean-Paul avait suggéré que les catholiques leur adressent des signes de paix pendant le Ramadan. C’est ce que nous avons fait par une petite carte. Un membre musulman du conseil municipal en a été très touché et est venu remercier à la paroisse. Tout est parti de là.

C’est autour de notre identité commune de parents que se nouent nos échanges, sur nos valeurs communes. Ce que nous transmettons à nos enfants de notre foi religieuse. On a d’emblée osé exprimer nos interrogations. C’est cet esprit de vérité qui a vraiment fondé le groupe. Nous avons cherché à tisser des liens par des actes concrets. Par exemple en 2005-2006, nous avons accueilli une douzaine de palestiniens, collégiens à Naplouse, avec leurs professeurs.

Nos rencontres évoluent et n’échappent pas aux frottements. Par exemple, quand les jeunes collégiens de Naplouse étaient en France, la communauté musulmane a eu tendance à se refermer autour d’eux. Nous avons dû vivre cette distance comme une limite à ce que nous partageons. Ce type d’expérience permet de sortir de l’idéalisation, de prendre en compte l’autre tout entier et pas seulement le côté qui nous plaît.. »

Rencontres culturelles entre étudiants étrangers et français

Le Père Michel Bazart, salésien de Don Bosco, connaît, par des amis vietnamiens de nombreux étudiants étrangers désireux d’apprendre le français. Il leur fait rencontrer des familles grâce à l’association Lyon International. Il organise aussi au centre Jean Bosco, près de Fourvière des soirées « Rencontres et Cultures » au cours desquelles étudiants français et étrangers peuvent voir un film et en discuter. Chacun vient avec un plat de sa culture à partager. La dernière soirée regroupait une cinquantaine d’étudiants provenant d’Espagne, Suisse, Hongrie, Russie, Géorgie, Tadjikistan, Kirghistan, Chine, Corée, Vietnam, Algérie… et France.

Voici ce que dit Sylvie, étudiante française, à l’issue de cette rencontre : on apprend à découvrir le vrai visage d’un peuple. Je pensais les Chinois très réservés mais ils sont vraiment très simples et spontanés. Les filles m’ont donné des recettes de cuisine ! Ils sont à la fois si loin et si proche de nous.

Des communautés chrétiennes étrangères en terre d’accueil

Monseigneur Brunin explique : « pour garantir une vie ecclésiale des migrants, la vie dans ce que nous appelons des « communautés nationales » est nécessaire mais insuffisante.

Nécessaire parce qu’il est important que l’expérience de la migration soit prise en compte, vécue et exprimée comme un lieu d’expérience croyante. Les migrants expérimentent la fidélité de Dieu sur une terre d’exil. A travers la vie des communautés étrangères se joue aussi la tradition d’une mémoire croyante qui concerne les jeunes générations et toute l’Eglise. Nos Eglises diocésaines ont besoin de lieux où on croit, on prie, on célèbre à l’italienne, à la mode vietnamienne, à la mode africaine etc. Cultiver la particularité n’est pas conforter nécessairement des particularismes. Les diverses façons de croire, de célébrer, d’aller au Christ mais aussi l’expérience croyante vécue par des frères et sœurs dans la foi, en cette terre d’immigration, enrichissent la foi des Eglises d’accueil.

Insuffisantes cependant dans la mesure où les communautés étrangères ne peuvent se satisfaire d’exister pour elles-mêmes. Elles ne seront l’Eglise que dans l’ouverture à d’autres communautés et dans l’inscription des dynamismes de la foi vécue et célébrée dans le tissu ecclésial diocésain. Il lui faut aussi éveiller l’ensemble de l’Eglise à la problématique d’insertion ecclésiale des migrants qui sont nos frères dans la foi. Pour cela, des initiatives sont encore à prendre pour permettre aux migrants de n’être pas seulement l’objet de la sollicitude des chrétiens autochtones, mais aussi acteurs d’une vie d’Eglise et même préparés à y exercer des responsabilités diverses. »

Des étudiants étrangers deviennent paroissiens à part entière

La paroisse Saint Irénée de Lyon est à quelques mètres d’une résidence universitaire où vivent de très nombreux étudiants étrangers.

Ce soir au presbytère une Rwandaise, une Burkinabé, un Béninois, un Tchadien, un Ivoirien se retrouvent pour la première fois avec quelques jeunes de l’aumônerie du lycée voisin, leur animatrice et le jeune curé. Ensemble, ils vont préparer la messe de rentrée des étudiants de la paroisse. Une ancienne explique : « cette messe est vivante et sympa d’habitude parce qu’on présente la diversité des étudiants qui arrivent du monde entier. »

Tous les ans, à l’issu de cette messe de rentrée, les participants « autochtones » et étrangers sont invités à partager un repas. Ils font connaissance et des familles proposent de recevoir les étudiants étrangers régulièrement. Mais l’idée des paroissiens va plus loin. Ils veulent rendre ces étudiants acteurs à part entière de la vie de la paroisse. Des propositions leur sont faites et très vite, ils s’engagent dans le scoutisme, le catéchisme, l’aumônerie. Les visites des malades, le soutien scolaire. De leur côté, les étudiants proposent des activités : tournoi de ping pong, marche à pieds, chorale, nuit de prière pour la paix …Des dîners débats « portes ouvertes » sont organisés chez des paroissiens auxquels participent une cinquantaine d’étudiants. Le repas est préparé par une nationalité et ne doit pas coûter plus de deux euros par personne.

Les chiffres de l’immigration

4,3 millions d’immigrés en France selon le dernier recensement de l’Insee réalisé en 1999, soit 7,4% de l’ensemble de la population. Plus du tiers d’entre eux ont acquis la nationalité française. Environ 190 000 immigrés résident dans une collectivité : foyer de travailleurs, maison de retraite ou centre d’hébergement. Un étranger né en France n’est pas considéré comme un immigré.

Répartition des immigrés par pays d’origine

Les européens représentent 45% des immigrés installés en France. Les Portugais (13,3%)sont les plus nombreux, suivis des Italiens (8,8%), des Espagnols (7,4%), des Polonais (2%), les autres pays d’Europe représentant 13,2% du total, essentiellement provenant des pays de l’Europe de l’Est.

Les Africains regroupent 39,3% de cette population avec une forte prédominance des Algériens (13,4%), des Marocains (12,1%) et des Tunisiens (4%).

Les asiatiques représentent 12,7% des immigrés dont 4% de Turcs, et 3,7% de Cambodgiens, Laotiens et Vietnamiens.

Enfin 3% des immigrés de France sont originaires de l’Amérique et de l’Océanie.

L’immigration clandestine

Le nombre d’immigrants illégaux installés dans l’Union Européenne est estimé entre 3 et 7 millions. Environ 650 000 décisions d’expulsion sont rendues chaque année dans l’UE. Un tiers sont exécutées.

Les estimations sont très approximatives. Il y aurait 300 000 clandestins en France, un million en Allemagne, 570 000 en Grande Bretagne, 900 000 en Espagne, en Belgique 100 000. La plupart des clandestins travaillent dans l’agriculture, le bâtiment ou les services à la personne. Le nombre d’arrivées par bateau s’est élevé en 2005, à 23 000 sur les côtes italiennes et à 4 500 aux îles Canaries. Mais la plupart des clandestins arrivent avec un visa de tourisme ou sont des déboutés du droit d’asile.

Une congrégation religieuse au service des migrants

Mgr Jean-Baptiste Scalabrini, décédé il y a cent ans, est appelé le « père des migrants ». Il prit à cœur le sort de tous les migrants et défendit le droit d’émigrer. Il eut des mots très durs contre les « marchands de chair humaine » que sont les passeurs qui prospèrent sur le dos des candidats au départ, bien souvent analphabètes. Il fit le choix d’accompagner les migrants socialement et surtout culturellement en 1887, avec la création de la congrégation des missionnaires de Saint Charles, autrement nommés les scalabriniens. Homme à la foi profonde, il possédait une vraie sensibilité prophétique. Il voyait dans les migrations internationales en cours l’œuvre de Dieu qui unifie le monde.

P.-S.

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