Les grandes religions ont, toutes, connu le conflit évoqué par Saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens (II, 3,6) : « La lettre tue, l’Esprit vivifie ». Aujourd’hui le phénomène est simultané : les militants islamistes, les Hindous nationalistes très hostiles à leurs compatriotes musulmans et même aux Chrétiens, les « reborn Christians » et autres évangéliques aux Etats-Unis, les Juifs ultra orthodoxes…
Souvent les conflits ne se limitent pas à la religion. S’y greffent des rivalités politiques et économiques comme dans les guerres issues de la Réforme ou, aujourd’hui, les violences entre Sunnites et Chiites au Pakistan, voire le conflit palestinien.
Le cas de l’Islam est actuellement le plus préoccupant, de par les dérives terroristes plus ou moins liées aux courants intégristes. Or comment en est-on arrivé là ? Aux XVIIIe et XIXe siècles, au Moyen-Orient, en Inde, différents mouvements visent le retour à la pureté originelle.
Le plus influent jusqu’à nos jours a été créé par Abdul Wahab (mort en 1787). Il se lie avec la future dynastie des Séoud qui crée le royaume d’Arabie saoudite après la Première Guerre mondiale.
Les Wahabites prônent un Islam bigot et intolérant, dépouillé de divertissements comme la danse et la musique. Ils rejettent avec force le Soufisme (aspect ésotérique de l’Islam). Les poches bourrées de pétrodollars, ils financent des mosquées, des écoles religieuses un peu partout dans le monde.
L’hostilité à l’impérialisme occidental
Alors qu’à leurs débuts ces mouvements ne visent que les Musulmans, au XXe siècle s’ajoute une hostilité croissante à l’Occident, à son impérialisme, au soutien massif des Américains à Israël, à nos moeurs « dépravées ». Quant à la dérive terroriste, elle est, entre autres, liée aux guerres d’Afghanistan. L’Arabie saoudite – comme d’ailleurs les Etats-Unis – soutient les militants afghans contre les Soviétiques (1979-89), puis les Talibans qui prennent le pouvoir en Afghanistan à partir de 1996. Intervient alors Osama ben Laden, aussi hostile aux Américains qu’à ses compatriotes saoudiens et à de nombreux autres gouvernements musulmans. En 2006 la majorité des 58 000 tués ou blessés, victimes du terrorisme dans le monde, sont musulmans.
"Au fil de l’Histoire, les Musulmans se sont montrés beaucoup plus tolérants que les Chrétiens."
Si cette plaie ne va pas disparaître à bref délai, les Occidentaux pourraient au moins s’efforcer de mieux connaître les Musulmans, dont la grande majorité rejette les excès sanglants. Au fil de l’Histoire, les Musulmans se sont montrés beaucoup plus tolérants que les Chrétiens.
Pour les premiers, nous sommes des « gens du Livre » comme les Juifs, les Zoroastriens, voire les Hindous, donc respectables. Dans la plupart des terres d’Islam, des églises ont subsisté ou ont été construites. Du côté chrétien prédominent l’hostilité et l’intolérance, du renvoi des Maures hors d’Espagne à l’absence de lieux de cultes pour les rares Musulmans dans nos pays. Il faut attendre 1919 pour voir la construction de la première mosquée en France ! On ne compte pas les grands Soufis qui ont rendu hommage aux autres religions. Un des plus célèbres, l’Andalou Mohiddin ibn Arabi (1165-1240) s’exclamait : « Mon coeur peut prendre toutes les formes : couvent pour les Chrétiens, prairie pour la gazelle, temple pour un Hindou, Ka’aba de l’Islam. »
En 1950, l’Iranien Nasir i Khusraw définit le Christ comme « le Verbe divin ». Y-a-t-il beaucoup de Chrétiens qui ont tenu semblable langage dans le passé et aujourd’hui ?
D’une manière plus générale, les intégristes de tout bord sonnent le glas des valeurs spirituelles.
Pourrait-on les enrayer ?
* Professeur honoraire, HEI/IUED.







