par Ghania Oukazi
dimanche 30 mars 2008| S'INSCRIRE A CHRETIENS EN RESEAU |
Les ambassadeurs américains accrédités dans les pays du Maghreb et de l’Afrique en général se réuniront, à partir de demain à Tunis, pour examiner la situation sécuritaire dans la région. « Nous demandons à nos invités diplomatiques de ne pas s’ingérer dans les affaires internes de notre pays », a déclaré, hier, le Chef du gouvernement en marge du 11ème congrès de l’UGTA.
Quelques jours après la réunion de ses attachés militaires en poste en Afrique, le secrétariat d’Etat américain demande à ses ambassadeurs accrédités dans les pays du Maghreb et en Afrique en général, de se réunir pour discuter sécurité et lutte antiterroriste. Comme pour la première réunion, rien n’a filtré à ce jour, sur l’utilité et les objectifs assignés à ce genre de « regroupement ».
Des sources diplomatiques font part, à partir de Tunis, juste d’une réunion de deux jours, lundi et mardi, où tous les ambassadeurs de la région devront plancher sur la problématique sécuritaire. Si l’on s’en tient au grade des personnels concernés pour tenter d’expliquer les tenants et aboutissants de ces deux réunions, l’on pourrait d’ores et déjà estimer que pour ce qui est des attachés militaires, il aurait été plus question de moyens de sécuriser la présence américaine dans la région maghrébine et africaine. L’on rappelle que même les épouses des attachés militaires américains ont eu droit à être réunies, pour probablement les sensibiliser sur la question. Mais si l’on affirme aujourd’hui que ce sont les ambassadeurs qui doivent le faire, il est clair que l’importance accordée par les Etats-Unis à la sécurité dans la région a augmenté d’un cran pour qu’elle soit discutée par les premiers représentants de leur secrétariat d’Etat. C’est dire que les choses semblent prendre une ampleur qui cache mal des velléités américaines d’élaborer une véritable stratégie sécuritaire spécifique au continent africain et spécialement conçue pour l’Afrique du Nord.
Il est évident que parmi les pays africains les plus en vue en matière de sécurité et de lutte antiterroriste, l’Algérie est placée en pole position. L’on se rappelle que pendant les années 90, les Etats-Unis n’avaient jamais voulu comprendre ce qui se passait exactement. L’on dit que le département d’Etat avait fait des rapports sur la situation qui étaient en total contradiction avec la réalité du terrain. Il faut croire surtout que la détérioration de la situation sécuritaire en Algérie ne les effrayait pas dans la mesure où, elle ne touchait pas directement leurs intérêts et avait lieu loin de leurs territoires. Ceci étant dit, il est connu que les Américains n’ont pas l’habitude de réfléchir avant d’agir, notamment depuis l’arrivée de Bush à la Maison-Blanche. Guidée par une âme guerrière, Bush a toujours voulu semer la confusion, ceci pour justifier des interventions musclées de son pays dans des régions qui se seraient grandement passées de sa présence. Il a colonisé l’Irak et programmé sa destruction. Sous l’égide de l’OTAN, il a décidé de mener une guerre contre les Talibans en Afghanistan, mais il a plongé la région dans le désastre. Il l’a voulait une « offensive du printemps », mais cette guerre dure depuis trois ans. Comme en Irak, les néocons de Bush ont fait tout faux. Pour le cas de l’Algérie, les Américains avaient fait aussi tout faux, mais il était compris, dès les premières escalades terroristes, que Washington ne voulait pas intervenir sous prétexte que l’extrémisme religieux ne pouvait être autre qu’algéro-algérien. Le 11 septembre est venu leur dicter d’autres réflexes, au risque de mettre le monde sens dessus dessous, pourvu que les intérêts américains ne soient pas touchés.
La lutte antiterroriste est devenue ce subterfuge par lequel l’Amérique de Bush conforte aujourd’hui fortement son objectif de régenter le monde. Interrogé hier sur les dernières déclarations de l’ambassadeur US, M. Abdelaziz Belkhadem a affirmé que « le gouvernement algérien n’avait pas à le convoquer, mais nous disons à nos invités diplomates de ne pas s’ingérer dans les affaires internes de notre pays. Ils doivent respecter les usages et règles de la diplomatie ».
Le revirement de l’esprit expansionniste américain
Pour ce qui est de la région Maghreb-Afrique, l’on dit ainsi que Washington a compris que les ennemis d’hier, de l’Algérie, sont devenus aujourd’hui ses ennemis. La parade est toute trouvée pour justifier l’initiation d’une stratégie américaine de lutte antiterroriste dans laquelle l’Algérie aurait le premier rôle et plus même, à savoir constituer cette jonction entre le monde occidental et celui musulman. L’idée de l’installation d’un commandement américain en Afrique (Africom) continue de faire son bout de chemin dans les esprits du Pentagone. C’est probablement parce que les Américains ont senti qu’il est difficile de la faire admettre par les pays africains qu’ils s’abstiennent pour l’instant d’en faire clairement la demande.
La venue de Condoleeza Rice à Alger n’est pas exclue, l’objectif étant de tâter le terrain pour la faisabilité de l’Africom et pour l’initiation d’une stratégie de lutte antiterroriste, dont le seul but est de justifier une présence militaire américaine dans la région. L’on dit que si Rice n’a pas encore effectué ce déplacement, c’est parce qu’elle se devrait de visiter en même temps les cinq pays du Maghreb, Algérie, Tunisie, Maroc, Mauritanie et la Libye de Kadhafi, celui-ci étant désormais inclus comme partenaire à part entière dans les initiatives américaines pour l’Afrique. Ce qui alourdit l’agenda de la secrétaire d’Etat d’une manière à l’obliger à rester au moins quatre jours dans la région. Un temps jugé trop long pour celle par qui le « règlement » des conflits passe à n’importe quel prix. Washington semble prendre d’un coup peur d’une propagation de l’extrémisme religieux particulièrement au Maghreb. Bien que les Américains reconnaissent que la situation est totalement différente des années 90, le risque terroriste existe encore à leurs yeux, en Algérie. La participation du Président Bouteflika au sommet arabe, dont la clôture intervient aujourd’hui à Damas, est loin de prendre en considération un tel revirement dans l’esprit expansionniste américain.
Dans ce genre de situation, Bouteflika est loin de ressembler à ses pairs souverains arabes. Il a souvent gardé l’honneur sauf en n’abdiquant pas facilement, comme c’est le cas du roi saoudien ou du président égyptien. L’Algérie est le premier pays arabe à refuser l’indépendance du Kosovo par respect à ses engagements vis-à-vis de la Serbie et de la légalité internationale. Il est vrai qu’elle aurait eu tout à gagner en l’annonçant par son chef de la diplomatie, au lieu que ce soit le ministre de la Défense serbe qui l’a fait et à partir d’Alger. Mais il est permis de lui trouver des circonstances atténuantes quand il s’agit pour elle de défendre la raison d’Etat sous couvert du respect de principes universels.
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