Samedi 20 septembre, en début de la soirée, dans toutes les rédactions de médias et sur tous les plateaux des télévisions à grande audience du continent africain un seul sujet à eu dominer le débat : le désaveu du président Sud-Africain Thabo MBEKI par les plus hautes instances de son parti politique. Ayant franchi le rubicon, MBEKI devait rendre son tablier et s’en aller. Il y a de ces pratiques que l’on ne peut tolérer, même entre membres d’une même famille politique. La nouvelle est tombée comme une bombe atomique. Et même si les personnalités mieux informées de la scène politique Sud-Africaines savaient déjà que quelque chose d’inattendue était entrain de se préparer en Afrique du Sud dans les milieux de l’Anc. Sur le reste du continent et où il n’y a surtout pas la pratique de la démocratie effective, beaucoup doutaient encore d’une éventuelle défenestration du président Thabo MBEKI. Certaines mauvaises langues le voyaient revenir à la ZORRO afin de refaire surface. Les sud-africains eux se veulent démocrates et ne veulent pas tricher comme leurs frères du continent. Ils se veulent respectueux de règles démocratiques.
En début du weekend dernier, après de longues discussions et débats houleux pendant plus des 8 heures, les 6 hauts cadres du comité exécutif de l’ANC ont eu à lever l’option pour faire payer cher à Thabo MBEKI sa turpitude et ses vilaines pratiques de bas étage. A plus d’une fois, de voix s’étaient levées pour dénoncer la prise de distance par MBEKI qui avait commencé à manifester un penchant pour évoluer en électron libre, que de continuer à dépendre de son parti qui l’a pourtant porté à la tête de l’Etat Arc en ciel comme successeur de Nelson MANDELA, il y a de cela 9 ans.
Deux ennemis jurés de l’Anc
En effet, l’indignation avait fini par gagner tous les cadres de l’Anc. En apprenant de la bouche d’un haut magistrat sud africain que le président Thabo MBEKI a eu à instrumentaliser l’appareil judiciaire de son pays pour faire condamner son éventuel remplaçant à la tête de la présidence de la république, l’indignation était à son comble. Jamais au sein de l’Anc on aurait pensé un seul instant le recours à de telles méthodes de la part d’un camarade du parti. Car cela lui aurait empêché à Jacob ZOUMA de se présenter en ordre utile aux futures élections présidentielles sud-africaines de 2009 et auxquelles le président Thabo MBEKI aurait jeté son dévolu sur une autre candidate de l’Anc. Dans certains milieux on parle de la vice-présidente sud-africaine comme seule personnalité de l’Anc que le président MBEKI aurait voulu voir lui succéder à la tête du pays, et jamais la candidature de ZOUMA ne l’a intéressée.
Pour mémoire, il faut ici signaler qu’entre ses deux hauts cadres de l’Anc, Thabo MBEKI et Jacob ZUMA, la méfiance est totale. Les deux personnalités politiques sud-africaines n’ont en commun que leur engagement dans la lutte contre l’apartheid. ZOUMA est plus proche de MANDELA et du papa de MBEKI qui ont été ses compagnons de geôle. MBEKI lui est un intello de premier plan qui a eu à fréquenter les meilleures institutions universitaires occidentales. Il n’a pas un passé de lutte du terrain comme MBEKI qui lui a eu à partager les affres de l’apartheid. Leur seul trait commun demeure la qualité de membre de l’Anc. Certains de leurs intimes disent même qu’ils ne se supportent pas du tout. Ce qui a été bien mis en évidence lors des dernières élections au sein de l’Anc et pendant lesquelles les quolibets entre les deux camps ont fait transparaître les étincelles de rejet. Selon les mêmes sources, MBEKI aurait même juré jadis que : « lui vivant, jamais Jacob ZOUMA ne serait jamais président de l’Anc et encore moins chairman de la république Sud-Africaine.
Mais ses prévissions n’ont produit que le simple feu de paille : Jacob ZOUMA a bel et bien battu à plate couture Thabo MBEKI aux dernières élections au sein du parti cher au sage Nelson MANDELA. Et depuis lors, la destinée de l’ANC a été confiée au brave descendant des Zoulous qui a su conquérir les cœurs de militants de l’Anc. Fort du poids politique de l’Anc qui dispose d’une majorité absolue au sein du parlement Sud-Africain, plus rien ne pourra désormais barrer la route à Jacob ZOUMA qui a toutes les chances d’être le futur président de la république Sud-Africaine lors des futures élections de 2009. Sauf si jamais le Procureur Général revenait à la charge pour poursuivre ses poursuites devant la justice, ou en cas d’un autre élément à charge à imputer à ZOUMA. Mais s’était sans compter avec la détermination de Thabo MBEKI qui ne s’était pas du tout déclaré vaincu après la publication des résultats des urnes ayant plébiscité Jacob ZOUMA pour lui succéder à la tête de l’Anc. Il trouva alors une autre occasion sournoise afin de parvenir à ses desseins machiavéliques. Et pour barrer la route à son ennemi juré, Zouma, il mit à profit son pouvoir politique pour faire condamner l’actuel président de l’Anc devant la justice Sud-Africaine. Ce dernier s’est vu alors placé sous le harcèlement à répétition de la justice de son pays qui le chargea de plusieurs chefs d’accusations et dont la plus importante demeure ‘’la corruption et trafic d’influence’’ au profit d’une filiale d’armement français du groupe Talez. En principe en cas de condamnation par la justice, Jacob ZOUMA serait réellement frappé de l’interdiction de participation aux futures élections présidentielles.
Soutient inconditionnel de l’Anc à ZUMA Il faut ici souligner que Zuma a eu à bénéficier inconditionnellement du soutien de la majorité des structures de l’Anc et de principaux milieux syndicalistes qui se sont mobilisés comme un seul homme pour protéger leur chouchou. Et à ce propos, la jeunesse de l’Anc a eu à faire la démonstration de sa ferme détermination de ne point laisser la justice condamner son leader. Des ‘’ sit-in’’ ont même été tenus devant le palais de justice où Jacob ZUMA était appelé à comparaître. Craignant de débordements de la masse et pour question de mesures de sécurité, ZUMA a été même introduit de fois au palais de la justice par de voies d’entrées secondaires.
MBEKI DEMISSIONNE Et au terme de toutes ces tractations politiques, vérités et contrevérités, le président Sud-Africain a été finalement contraint de rendre son tablier. Sur décision du Comité exécutif de l’Anc, il a eu à présenter dimanche dernier sa lettre de démission du poste de président de l’Afrique du Sud à la présidente du Parlement sud-africain, Mme Baleka MBETE. En bon gentleman, le président Thabo MBEKI a annoncé personnellement hier dimanche sa ferme volonté de s’incliner devant la décision de son parti politique. A la différence de ses pairs africains, il a pu prouver qu’il ne raisonne pas comme ses collègues du continent qui auraient en pareil cas certainement trouvé des voies et moyens pour tirer inutilement les choses en longueur. L’exemple actuel du Zimbabwe est bien plus qu’éloquent. En effet, après son dernier conseil des ministres extraordinaire tenu dimanche dernier, MBEKI s’est adressé en début de soirée solennellement à son peuple pendant quelques 15 minutes pour lui annoncer son départ de la tête de la présidence de la république Sud-africaine. Après le rapport circonstancié sur ses 9 ans d’exercice du pouvoir à la tête de la république Sud-Africaine, MBEKI a reconnu certaines de ses faiblesses relevant notamment du domaine de l’insécurité, du non partage équitable du revenu national et de la corruption qui demeurent la faiblesse du régime Sud-Africain. Le président Thabo MBEKI a cependant clamé son innocence face aux accusations portées contre sa personne qu’il balaie du reste du revers de la main. Pendant son speech, il a juré de n’avoir jamais instrumentalisé l’appareil judiciaire pour barrer la route à son camarade du parti Jacob ZUMA.
MERITES DE MBEKI Et à son actif se trouve repris notamment le rayonnement de la diplomatie de son pays à l’extérieur. Effectivement, pendant ces dernières années de son règne présidentiel, la diplomatie sud-africaine a été fort sollicitée. Le président Thabo MBEKI a été sur tous les fronts et jusqu’au point où en Afrique du Sud certains de ses détracteurs commençaient même à l’accuser de plus être porter vers la politique extérieure que de trouver solutions aux problèmes internes. Le prestige de sa politique extérieure va être bientôt couronné par rapport à la charge de l’organisation de la prochaine coupe du monde qui incombe désormais au pays Arc en ciel. Et parmi ses prouesses à la tête de l’Afrique du Sud se trouvent inscrits en ordre utile notamment l’émancipation de la femme, l’acceptation de l’Afrique Sud comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies et le taux élevé de la croissance économique faisant de l’Afrique du Sud la première puissance économique du continent. MBEKI a joué en grand et prouvé qu’il demeure quelqu’un de la cour des grands : il a clamé sa loyauté envers son parti politique, ANC, qui peut continuer à bénéficier de ses services, il a salué sa succession qu’il a du reste exhorté à poursuivre les réformes entamées sous ses deux mandats pour le bien être de son peuple et la grandeur de son pays. Il s’est déclaré confiant en la capacité de l’administration qui va lui succéder à la tête du pays. En cela tous reconnaissent unanimement qu’il a déjà tourné une page de son histoire et cogite déjà sur son devenir politique. Il est membre du parti majoritaire, il jouit d’un prestige national, il a un bon cursus universitaire, il bénéficie d’un certain prestige sur le plan international notamment à travers ses nombreuses médiations dans de conflits armés sur le continent…
Dans certains milieux politiques sud-africains on parle même de sa détermination à se pourvoir en justice pour obtenir réparation de toutes ces fortes accusations portées contre lui dans la lutte politique qui l’oppose au brave ZOUMA. Ce qui ne nous empêche pas de nous attendre à de rebondissements spectaculaires dans les jours à venir et aux conséquences incalculables. Nul ne peut douter de la détermination de quelqu’un de la trempe de Thabo MBEKI quant à sa détermination d’aller jusqu’au bout d’une démarche quand il estime la raison de son côté. Il y a effectivement risque que demain l’Anc sorte diminué de cette lutte entre ces deux géants du parti qui a à son actif le fait d’avoir mis fin au régime politique ségrationniste sud-africaine.
CE QUE L’ON PEUT BIEN REPROCHER A MBEKI
Mais pour notre part, tout ce que nous pouvons reprocher au président Thabo MBEKI c’est notamment le syllogisme politique qu’il a eu à imposer à tort au peuple africain dans ses longues et interminables médiations politiques. A cause du président MBEKI.
Le continent serait un peu plus avancé aujourd’hui sur le plan de la démocratisation si jamais l’Afrique du Sud aurait réellement joué son rôle de première puissance économique et militaire africain. Pour n’avoir pas eu le courage de contraindre certains despotes à se conformer aux normes démocratiques, certains pays où il a eu à offrir ses bons offices continuent à patauger dans les marasmes.
Pour preuve :
Le Congo démocratique a eu à être dirigé par un régime politique sans précédent : un président de la république secondé par 4 vices présidents. Bilan : 0 % de performance. Le Congo a connu plus de problèmes que jamais auparavant, et même la poursuite de la guerre à l’Est est la conséquence de cette mauvaise analyse de la donne politique. Et tout le monde sait au moins que les dernières élections politiques au Congo ont été tout, sauf libres, démocratiques et transparentes. La tricherie a été instrumentalisée pour le maintien du statut quo.
Le Zimbabwéen se retrouve avec un chef d’Etat de facto battu aux élections, mais qui se maintient au pouvoir que parce qu’il a eu à être cajolé par le médiateur de la SADC. Si dans sa médiation, le président Thabo MBEKI aurait été ferme et exigeant, il y a bien longtemps que les choses auraient changé au Zimbabwe. Le peuple est fatigué des abus du pouvoir politique inique de MUGABE. Laisser pourrir la situation Zimbabwéenne c’est tomber sous les coups de l’infraction de ‘’ NON ASSISTANCE A PERSONNE EN DANGER’’.
Le président Thabo MBEKI n’a pas voulu écouter la voix du feu président Zambien sidéré par les abus du président MUGABE. Autant d’ailleurs aussi les condamnations de certains pays membres de la SADC comme la Tanzanie et la Namibie qui ont été négligées par la diplomatie sud-africaine qui a levé l’option pour entretenir MUGABE.
Pire, même la position prise par la présidence de l’ANC vis-à-vis de la crise zimbabwéenne n’a pas été prise en compte par Thabo MBEKI.
Et aujourd’hui Thabo MBEKI quitte le pouvoir en laissant derrière lui un goût d’inachevé sur la question Zimbabwéenne. Pas impossible que demain le sang innocent coule de nouveau à Harare.
Si jamais la crise zimbabwéenne se serait passée en occidental et surtout dans de zones d’influence des pays membres de l’Otan, il y a longtemps que les graves sanctions économiques, l’embargo sur les armes et pourquoi pas l’intervention de troupes auraient déjà eu lieu. Nous l’avons vécu lors de la dernière crise géorgienne avec l’intervention des trouves Russes. Tout a été mis en œuvre pour ne pas compromettre les chances de la consolidation de la jeune démocratie géorgienne.
En tant que première puissance du continent africain, l’Afrique du Sud a l’obligation de jouer le rôle de locomotive pour sortir le continent de la dictature rétrograde, du régime de négation des droits de l’homme et de la gabegie financière au sommet des Etats. Pour disposer de bons débouchés économiques de sa production, l’Afrique du Sud devrait militer utilement en vue de l’assainissement du continent africain. Et pour cela, il n’y a pas de prix ni de calcul à faire. Si les hommes ne peuvent pas comprendre le langage pacifique, en dernier ressort il faut privilégier la voie des armes que les despotes éclairés semblent bien comprendre. Continuer à maintenir l’Afrique dans son état actuel c’est l’exposer demain à l’influence de la nébuleuse Al-Qaïda qui pourra trouver un terrain favorable faute de la bonne gouvernance et de l’absence d’un leadership constructif au sommet. Ceux des pays qui ont eu à faire des efforts en vue de l’instauration de la culture démocratique, du respect des droits de l’homme, et de la bonne gouvernance devraient être encouragés. Par contre, les réfractaires doivent subir une sanction exemplaire et ce, dans l’intérêt de l’humanité.
Cependant l’Afrique retiendra que Thabo MBEKI a été un grand homme politique mais qui a fini par être rattrapé par l’usure du pouvoir. La leçon à tirer est qu’il faut éviter de trop s’éterniser au pouvoir. Et il faut savoir quitter la scène politique à temps pour éviter l’usure du temps.







