Luc et Matthieu n’évoquent que très rapidement et pour mieux la contester ensuite, l’histoire officielle qui s’écrit dans les sphères des pouvoirs, sous les feux des projecteurs ; le décret de César Auguste ordonnant le recensement de la population, le règne tyrannique et sanguinaire d’Hérode. Puis aussitôt, les deux évangiles braquent leur caméra sur une famille inconnue des bataillons, un homme, une femme, un nourrisson qui vivent dans l’ombre ; il n’y a même pas de place pour eux, précise Luc, tandis que Matthieu présente trois réfugiés qui s’enfoncent dans la nuit de l’exil. Et il s’emploie à mettre leur vie en lumière, il les fait sortir de l’anonymat ... Ainsi je comprends que fêter Noël, c’est faire sortir de l’ombre celles et ceux que l’on oublie ou que l’on méprise. C’est appeler par leur nom celles et ceux qui sont perdus dans la foule anonyme, celles et ceux qui sont traités comme des numéros de dossiers administratifs. C’est donner la parole aux « sans voix » et à tous ceux que l’on veut réduire au silence.
Comment ne pas penser aujourd’hui aux « sans papier » et au traitement réservé à ceux qui sont enfermés dans les centres de rétention administrative avant d’être expulsés. Bien sur, gardons-nous de toute démagogie en prétendant que les réponses aux questions posées par l’immigration sont simples... Mais aussi, ne restons pas sourds aux multiples témoignages qui surgissent de partout et qui évoquent la détresse matérielle et psychologique d’hommes et de femmes traqués comme des animaux et enfermés dans des conditions encore plus précaires que les détenus de droit commun.
Comment ne pas penser au rapport de force engagé entre le gouvernement français et la CIMADE ? Nous assistons en effet à une tentative de réduire au silence une association qui, en plus de sa mission d’accompagnement juridique des « sans-papiers », veillait à informer régulièrement l’opinion publique, des conditions de vie dans les centre de rétention et des conséquences dramatiques d’une politique de l’Immigration fondée sur la peur de l’étranger.
Pour ma part, je comprends que fêter Noël, c’est attester la dignité inaliénable de toute personne humaine, c’est s’engager résolument pour la défense de ceux qui sont humiliés.
A dire vrai, Noël est un engagement qui s’inscrit dans la durée plutôt qu’une fête qui nous met en congé de l’histoire humaine.
pasteur Christian Bouzy, président de la Région Cévennes-Languedoc-Roussillon./ERF







