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Syrie : religion et politique mardi 5 juin 2012, par Roger AKL

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Depuis un certain temps que j’écris sur la Syrie, je dérange beaucoup de mes camarades français, à tel point que l’un d’eux m’a blessé au plus profond de moi-même en m’écrivant : « Mais comment, toi qui es chrétien, comment peux-tu défendre ce ”dictateur” qui massacre son propre peuple ».

Introduction : La guerre de religions est une stratégie.

Depuis un certain temps que j’écris sur la Syrie, je dérange beaucoup de mes camarades français, à tel point que l’un d’eux m’a blessé au plus profond de moi-même en m’écrivant : « Mais comment, toi qui es chrétien, comment peux-tu défendre ce ”dictateur” qui massacre son propre peuple ».

J’ai donc beaucoup réfléchi à toutes ces questions de religions, de politiques moyen-orientale et mondiale, d’excitations religieuses à buts stratégiques et politiques intéressés, d’Etats européens et américains, supposés chrétiens, et qui agissent en Etats athées, excitant les fanatismes et s’alliant avec les théocraties islamiques du Golfe pour renverser les dictatures arabes, dont plusieurs furent ou sont encore laïques, tandis qu’en Occident, ils excitent les populations contre l’islam, traité de religion fanatique ; pourtant ils encouragent eux-mêmes les finances du Wahhabisme pétrolier à envahir le monde occidental et arabe et à y répandre les thèses extrémistes de l’Islam, à commencer par le Wahhabisme, les Frères Musulmans, les Salafis et Al Qaeda.

De plus, attirés par l’argent du pétrole, en ces temps de vaches maigres (dernièrement, les journaux télévisés français se gargarisaient des achats immobiliers de l’Emir du Qatar, à l’Islam wahhabite, branche de l’Islam ultra-extrémiste, que seule l’Arabie saoudite partage avec lui), non seulement encouragent-ils, dans leurs pays, l’expansion de cet Islam extrémiste, mais encore s’attaquent-ils à leur propre religion chrétienne et à l’Eglise, surtout catholique, rendant leur civilisation occidentale, leur culture et leurs populations complètement stériles et ouvertes à tous les vents du changement.

1 – Des pays, des peuples et des civilisations ‘stérilisés’.

Bien sûr, les religions, surtout la catholique, les dérangent car elles appellent aux dialogues œcuménique et interreligieux. De plus, elles veulent protéger la vie de la conception à la mort. Cela veut dire que l’on ne peut pas éliminer ceux qui vous dérangent et coûtent de l’argent aux familles et surtout à l’Etat. Elles dérangent car elles protègent l’immigré, le pauvre et le faible, face à la convoitise des grands et des riches. Elles dérangent car elles vous rappellent votre conscience que vous avez muselée.

Dernièrement, je lisais que l’Italie perdait sa population originelle car les gens y sont devenus tellement égoïstes, hédonistes et sans idéal qu’on y a enregistré une moyenne de 1,3 enfants par femme. C’est le cas de toute l’Europe avec des petites différences. Il faudra donc y importer une main-d’œuvre étrangère (la plus proche et pratique est musulmane) ou accepter d’importer des produits étrangers qu’on ne peut plus payer. On avait cru trouver ‘le miracle’ dans les manipulations financières jusqu’à ce que tout implose.

L’Amérique n’est pas en bien meilleure position, bien qu’elle ait essayé de relancer son économie en faisant chuter le dollar. [1] Il fallait trouver autre chose. Heureusement, le ‘Printemps arabe’ arriva à brûle-pourpoint.

2 – Révoltes arabes, intégrismes et prix du pétrole.

Il faudra se rappeler que, depuis que Nixon a annulé la couverture or du dollar, la valeur de cette dernière monnaie est assurée par le pétrole que le monde entier doit payer en dollars et donc en avoir des réserves suffisantes. Bien sûr, les Etats-Unis n’ont qu’à faire marcher leur planche à billets pour s’approvisionner en énergie. C’est pour cela que, dès le début, ils s’étaient assuré que les pays du Golfe ne vendraient leur pétrole qu’en dollars. Ils avaient en plus promis de protéger leurs monarchies contre toute tentative de les renverser. Ils avaient même, dans les années cinquante, renversé la seule démocratie de la région en Iran pour y installer le Shah et monopoliser ainsi la vente du pétrole au monde entier. A ce moment-là, l’Islam extrémiste des théocraties pétrolières les dérangeait si peu, tandis que le fait qu’ils foulaient aux pieds les droits de l’homme était secondaire à leurs yeux et à ceux de leurs alliés européens.

Seulement, il y avait les problèmes de l’Union soviétique qui devenait de plus en plus puissante et d’Israël, dont la protection par l’Occident rendait impopulaires leurs alliés intégristes islamiques.

a – La guerre du Liban et l’utilisation de la religion pour des buts stratégiques. [2]

En 1948 et 1967, Israël, avec l’aide de l’Occident et surtout des chefs d’Etats arabes, sous protectorat ou influence restante des mandats anglais et français, avait chassé les Palestiniens de leurs maisons, leurs terres et leurs villages et les avait jetés dans les pays environnants, surtout dans le plus faible, car le plus pacifique et le plus démocratique, le Liban, où le pouvoir était partagé entre ses différentes communautés, mais surtout entre les chrétiens et les sunnites. Les réfugiés palestiniens y étaient nombreux, sunnites et révoltés contre le comportement de tous les états arabes qui ne les avaient jamais vraiment protégés, car dirigés par des pantins des puissances coloniales, qui avaient planifié l’exode des Palestiniens, en leur commanditant une tragi-comédie de guerre israélo-arabe qu’ils devaient perdre sur ordre. Les Palestiniens étaient surtout sunnites et leur présence déstabilisa le Liban en divisant les Libanais, entre partisans sunnites des Palestiniens et les chrétiens libanais, sous l’excuse de protéger l’indépendance du pays, étaient encouragés par les Occidentaux à s’allier avec l’ennemi israélien pour ‘se défendre’.

Tout cela était bon pour créer une guerre de religions au Sud des frontières de l’Union soviétique athée. Non seulement cela avait l’avantage d’exciter les populations musulmanes de l’Union Soviétique, mais Israël, allié du Shah d’Iran, profitant du chaos général, s’attaquait aux Palestiniens, dans le Sud et bombardait en même temps les villages chiites de la région.

Les Iraniens chiites ne pouvaient qu’en vouloir à leur souverain et le Shah fut renversé et remplacé par la République Islamique d’Iran. Il se plaignit dans ses mémoires que les Américains avaient trempe dans le complot.

Ainsi, les Américains firent d’une pierre deux coups :

La guerre libanaise avait réussi à créer des guerres religieuses dans tout le Moyen-Orient, juste au Sud des républiques musulmanes de l’Union Soviétique et, en plus, un ennemi islamique chiite iranien, pour exciter les peurs et la haine des populations sunnites du monde arabe et remplacer Israël comme ennemi principal et mortel, ce dernier devenant l’allié objectif des théocrates du Golfe.

Ce fut ainsi qu’Al Qaeda fut créé avec l’aide de l’Arabie saoudite et du Pakistan ; ce fut ainsi que la guerre entre l’Iran et l’Iraq, sous la dictature de Saddam Hussein, homme de main de la CIA, fut déclenchée et excita encore plus les peurs et les haines entre les deux rives du Golfe. Ce fut ainsi aussi que le dictateur Iraquien fut encouragé par l’ambassadrice américaine elle-même à envahir le Kuwait. Ce fut ainsi qu’Al Qaeda, après avoir aidé à défaire l’Union soviétique, aurait attaqué son allié américain, qui se ‘vengea’ en s’installant en Afghanistan et, surtout, en occupant l’Iraq dans le but de le diviser en petits états communautaires rivaux ; ce qui devait permettre aux Américains de contrôler la ligne de fractures eurasiatique allant de la Chine à la Méditerranée, en passant surtout par le Golfe pétrolier. Ce jour-là, il n’était question ni de droits de l’homme, ni de protection des innocents, ce jour-là, il y eut des centaines de milliers, voire plus d’un million de morts et de sans-abris innocents dus aux guerres américaines.

Mais pourquoi l’Amérique aurait-elle renversé en Iraq un dictateur, ancien homme de main de la CIA, qui a attaqué l’Iran, supposé ennemi des Américains ? Simplement, parce que Saddam Hussein a désobéi en voulant vendre son pétrole en une autre monnaie que le dollar.

Ce fut aussi, pour l’Iran, comme disent les militaires, même punition, même motif. Il veut vendre ou vend déjà son pétrole en d’autres monnaies que le dollar et empêche ainsi le dollar d’être la monnaie de réserve du monde entier. Mais ce n’est pas la seule raison, il fallait créer pour les populations sunnites arabes une peur qui les jetterait dans les bras de leurs monarques alliés aux Etats-Unis et, bien sûr, dans ceux d’Israël, suivant le dicton « l’ami de mes amis est mon ami » qui n’a pas du tout perdu de sa sagesse. On peut aussi parler du dicton « l’ennemi de mes ennemis est mon ami ».

C’est pour cela que tout ce battage médiatique et gouvernemental des pays d’Occident, sur la bombe iranienne et sur la « défense des droits de l’homme », dans les pays du Printemps arabe, surtout en Syrie, n’est que purs rideaux de fumée cachant des intérêts beaucoup plus matériels.

3 – La Syrie, le Liban, leurs champs de gaz et la lutte pour l’énergie.

Depuis un certain temps, les combats font rage en Syrie et, depuis un certain temps, personne ne croyait plus au combat de l’Occident pour les droits de l’homme en Syrie, au Liban, en Palestine ou dans le monde.

Car, comment peut-on combattre pour les droits de l’homme quand on manipule les autres peuples, anciennement colonisés en les faisant gouverner par des dictateurs et des criminels à vos ordres qui ont, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, planifié sous vos ordres la défaite contre Israël, en 1948, et l’exode subséquent des Palestiniens, quand on s’allie pour l’argent et le pouvoir avec les pires dictatures théocratiques et fanatiques du Golfe, qui ont financé Al Qaeda, les Frères Musulmans, les Salafis et autres mouvements intégristes et terroristes, quand on traite enfin la Turquie, plusieurs fois génocidaire, de démocratie, alors qu’elle a nettoyé et nettoie ethniquement ses minorités et qu’on veut lui faire reprendre pied et assurer les droits de l’homme dans les territoires où elle a perpétré ses crimes ?

Alors, les stratèges du monde ont commencé à se demander ce qui pousse l’Occident à se battre et lancer les théocraties contre la Syrie ; ils ont pensé à l’affaiblissement de l’Iran et du Hezbollah libanais, ils ont pensé à un oléoduc et un gazoduc pour le pétrole du Golfe, permettant ainsi de shunter le Détroit d’Hormuz et qui rendrait l’Europe moins tributaire de la Russie pour ses approvisionnements énergétiques.

Tout cela est vrai. Mais il y a aussi que le Liban et la Syrie détiennent des réserves gazières énormes, non seulement, dans leurs eaux territoriales, mais que le Sud-Liban regorge de pétrole que l’Occident et Israël convoitent en secret depuis des décennies et dont ils interdisent l’exploitation. Or, il se fait que la Russie et la Chine se trouvent aujourd’hui du bord de ceux qui veulent aider ces deux pays à exploiter leurs richesses et que cela ne fait pas l’affaire de l’Occident, de la Turquie et des théocraties du Golfe.

Kofi Annan et les 300 observateurs de l’ONU arriveront-ils à calmer le jeu ou bien les armes, les combattants et les terroristes continueront-ils à déferler sur ces deux pays, subissant la malédiction de l’Or Noir ?

3 - La Syrie et le Liban, preuves restantes à abattre d’un islam ouvert et pacifique.

Il était nécessaire, pour permettre à Israël d’être un état confessionnel juif et pour exciter les populations occidentales contre les Arabes et les Palestiniens de démontrer que l’islam est une religion extrémiste qui montre les Palestiniens comme dangereux, sauvages et indignes d’avoir un état indépendant.

De plus, Israël ne se suffit pas des territoires qu’il a déjà conquis, il veut poursuivre la colonisation de la Palestine et occuper le Liban Sud en plus que le Golan, pour commencer, et, son appétit s’aiguisant en mangeant, voudra un jour beaucoup plus. L’Occident ou plutôt ses dirigeants ont intérêt à l’appuyer car d’Israël et de ses lobbies dépendent leurs réussites aux élections. Il s’agit donc, non seulement, de diviser les états arabes en états confessionnels rivaux, dont Israël sera le maître, mais, démontrer que les états multiconfessionnels ou laïcs son invivables. Ce fut ainsi que le Patriarche libanais en visite, en France et en Amérique, entendit ses interlocuteurs lui signifier que les chrétiens de Syrie et du Liban étaient « quantité négligeable » et qu’on pouvait les déraciner vers l’Europe et l’Amérique.

Ce fut ainsi que les plans de destruction du Liban, par l’assaut saoudien sur ses finances, avec l’aide des sujets saoudiens, les Hariri père et fils, ainsi que celui israélien contre le Liban en 2006, échouèrent, grâce à l’unité des Libanais derrière leur Président d’alors, leur peuple dans toutes ses confessions, leur armée et leur résistance.

Il fallait trouver autre chose et ce fut l’attaque contre le seul voisin allié fraternel du Liban et son seul lien indépendant avec l’extérieur, la Syrie.

La Syrie étant aussi un état dans lequel chrétiens et musulmans de différentes confessions vivent ensemble dans l’égalité et la paix, cette Syrie devait aussi être détruite pour la remplacer par un état confessionnel intégriste à la wahhabite.

Tous mirent la main à la pâte :

Les Israéliens, car ils voulaient garder tout le Golan et reprendre le Sud du Liban, sans oublier l’affaiblissement de tous les Arabes, permettant de chasser impunément le reste des Palestiniens d’Israël et de Cisjordanie.

Les Turcs, car ainsi un état syro-libanais intégriste [3] permettrait à la Turquie de reprendre son chemin vers un néo-empire ottoman coupé seulement par le territoire israélien qui sera éliminé par la suite quand l’occasion s’en présentera.

Les monarchies du Golfe qui veulent affaiblir l’Iran et pensent prendre une assurance contre une possible, même probable, révolte chez eux, en faisant gouverner le Liban par leurs sujets, suivant un islam wahhabite inconnu dans ce pays et en achetant des terres, surtout dans les régions chrétiennes un peu trop indépendantistes à leurs goûts.

Enfin, nous n’allions pas oublier le principal, l’Occident, qui a démontré, s’il le fallait, son implication, quand il a chassé, d’un seul mouvement coordonné, les ambassadeurs syriens de ses capitales en prenant excuse d’un massacre (Houla), probablement exécuté par l’opposition intégriste syrienne, qu’il appuie.

Conclusion : Réactions et conséquences.

Heureusement, les peuples syrien et libanais, forts de l’expérience des guerres du Liban et d’Irak, ont très bien compris le jeu. Ils ont vu ce qui est arrivé en Libye, en Tunisie, au Yémen et même en Egypte. Ils ont vu les combattants intégristes déferler de Libye, du Liban, d’Iraq, d’Afghanistan et d’ailleurs, ils ont vu les armes débarquées au Nord du Liban ; ils ont vu les ambassadeurs occidentaux se mêler de ce qui ne les regarde pas ; ils ont vu et ils ont compris.

En même temps, Russes et Chinois ont vu ce qui[i] s’est passe en Libye et n’ont pas oublié les tricheries des dirigeants occidentaux.

Enfin, les peuples d’Occident se rendent compte que leurs dirigeants les trompent veulent, encore une fois, les engager dans une guerre, qui sera mondiale s’ils n’y prenaient pas garde, car les Russes auraient déjà en Syrie plus de cent mille professionnels, dont des gens du renseignement, même dans les territoires dirigés par l’opposition.

Si je devais donner un conseil aux dirigeants d’Occident, ce serait d’arrêter tout de suite leurs frais et de forcer la Turquie, Israël et les états du Golfe à arrêter leurs interventions en armes, combattants et financements et de pousser l’opposition à ouvrir un dialogue honnête et pacifique avec le gouvernement syrien, car quand la Russie envoie cent mille personnes en Syrie, cela veut dire « that it means business ». A moins que l’Occident veuille la guerre et pense pouvoir la gagner.

Il ferait bon alors de se rappeler que l’on sait quand et comment on commence une guerre, mais jamais quand et comment elle finit.

Roger Akl

Notes

[1Alain Chouet, dans “Au Cœur des Services Spéciaux”, La Découverte, Paris, 2011, compare l’extrémisme des wahhabites, de la Qaeda, des Frères Musulmans et des Salafis à celui des Evangélistes américains. J’ajouterai qu’ils se comparent aussi aux extrémistes israéliens du parti Shass et autres extrémistes, alliés à ceux qui gouvernent aujourd’hui Israël, tous ne reculant pas devant l’utilisation de la violence pour arriver à leurs buts.

[2Lire Jérémie Jonas (alias Roger Akl), Cris des Chrétiens d’Orient, deuxième édition, Sigest, Alfortville, 2011. Roger Akl, Le Mensonge Global, Editions Sigest, Alfortville, 2007.

[3Une fois la Syrie dirigée par les intégristes, le Liban ne tiendra pas comme état indépendant et sera probablement dirige d’Arabie saoudite et de Turquie qui aideront Israël à asservir et/ou chasser la population chiite, tandis que les chrétiens auront probablement disparu.



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