A dater de ce vendredi 23 octobre 2009, une nouvelle Afrique semble se mettre en place, à travers notamment de l’adoption à Kampala par l’Union africaine de ce qu’il faut désormais appeler la ‘’Convention sur les personnes déplacées et les réfugiés politiques’’. Renforcée par une déclaration de principe dite de Kampala, adoptée également en marge de ce sommet spécial, et portant notamment sur le renforcement de la capacité de la protection institutionnelle des réfugiés, rapatriés et déplacés. Les Etats africains s’engagent ainsi pour la toute première fois de l’histoire à lutter notamment contre l’impunité et la violation flagrante de droits fondamentaux et les libertés individuelles et collectives de ces personnes déshéritées, mais malheureusement jusque là abandonnées à leur triste sort. Ces milliers d’êtres humains devenus quasi de vrais misérables ne devaient plus leur salut qu’à la seule volonté de membres de la communauté internationale. La plupart de gouvernements de leurs pays respectifs ont jusque là plus brillé par une indifférence notoire face à leur drame, bien qu’ils soient à la base de ce drame humanitaire, fruit de la bêtise humaine, mieux du politique.
Pour preuve, en dépit de la gravité de la situation de cette catégorie d’être humains à part entière en voie de disparition et qui devrait le tout naturellement du monde émouvoir les dirigeants africains. Sur un total de 53 présidents des Etats membres de l’UA, seuls quatre chefs d’Etat (Ouganda, Zambie, Zimbabwe, Somalie) et deux Premiers ministres (Guinée Equatoriale, Namibie), ont effectué le déplacement de Kampala. Donnant en cela la preuve que la vie humaine n’a pas du prix à leurs yeux. Qu’il ait été question de côtoyer les grands de ce monde, comme c’est le cas lors de grands sommets mondiaux, certainement qu’ils se seraient déplacés en grand nombre et à la tête de grandes délégations. Hormis quelques uns d’entre eux qui doivent avoir eu peut être de raisons valables pour s’absenter, les restes sont à condamner pour avoir brillé aux abonnés absents.
Ce phénomène de personnes déplacées, de déracinées et de réfugiés politiques qui menace aujourd’hui la vie de tout un continent est bien la conséquence néfaste de mauvais choix politiques, de l’intolérance politique, du faible pour la violation des droits de l’homme, de la cruauté de dirigeants politiques, de la présence de tyrans et autres dictateurs qui se cramponnent sans raison à la tête de leurs Etats respectifs. Ce malheureux phénomène de personnes déplacées et réfugiés politiques a cessé d’exister sous d’autres cieux à cause notamment de la prise de conscience par de gens qui ont enfin compris que la vie humaine est plus que toute la richesse du monde, et que nul ne peut impunément s’amuser avec elle. Dans ces zones géographiques où ce phénomène minable a cessé d’exister, des femmes et des hommes bien intentionnés se sont levés massivement, et souvent au péril de leur vie, pour dire non à la malgouvernance, à la gabegie, à la cruauté humaine et à la confiscation du pouvoir politique par de clans maffieux assassins et qui n’ont pour seule préoccupation que l’enrichissement illicite et le pouvoir pour le pouvoir.
N’eut été la détermination et la pression de la communauté internationale, à travers notamment les encouragements des institutions humanitaires comme le Haut Commissariat aux réfugiés, la Cour pénale internationale, la Croix rouge internationale, La Fédération internationale de Ligues des droits de l’homme, Amnesty interntional, Human right watch… certainement que les chefs d’Etats africains n’auraient jamais pensé un seul instant à une telle initiative. Et la raison est bien simple : ils sont eux-mêmes les géniteurs de cette catastrophe tant décriée en Afrique. Mais réjouissons nous cependant de cette avancée significative qui tourne enfin la page d’une époque sombre de l’histoire du continent africain, soit dit en passant, qui affiche le plus grand nombre de personnes déplacées, de réfugiés politiques et autres rapatriés, soit 17 millions.
Selon les dernières statistiques du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui a qualifié l’adoption de cette Convention de Kampala d’historique, l’Afrique compte environ 17 millions de réfugiés et déplacés internes et dont plus de 12 millions de déplacés internes. Et il est un non sens que de chefs d’Etat africains soient tranquilles pendant que leurs concitoyens sont en situation quasi de réfugiés politiques et pire, dans leurs propres pays d’origine. Ces frères élevés en dignité s’exposent sans le savoir à la colère divine qui finit par exiger de rendre compte de tous nos agissements. Le but de tout pouvoir politique est la recherche constant du mieux être de la population et l’épanouissement du plus grand nombre. Dès l’instant où cet équilibre est rompu, il faut honorablement rendre le tablier. Ce que beaucoup ne peuvent faire malheureusement en Afrique.
C’est pour cela que nous exhortons les membres de la communauté internationale à intensifier les poursuites de tous ces auteurs présumés de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre, des violations des droits fondamentaux et des libertés individuelles et collectives de l’être humain, de l’administration de traitements dégradants et inhumains sur la personne de leurs concitoyens afin que ce phénomène de personnes réfugiées politiques, de personnes déplacées internes, de rapatriées et de déracinés baisse d’intensités.
A travers cette double adoption de textes juridiques fondamentaux sacralisant désormais l’intégrité physique et la dignité de ces personnes dites déracinées, les chefs d’Etat africains sont placés devant leurs propres responsabilités. Selon l’esprit de ces textes qui viennent d’être adoptés à Kampala, désormais les chefs d’Etats sont tenus pour responsables de tout désagrément survenant sur leur territoire national. Autant les seigneurs de guerre sont appelés désormais de répondre de tous leurs actes criminels commis sur le territoire sous leur contrôle, autant la responsabilité de chefs de l’Etat est engagée. Désormais la responsabilité individuelle des uns et des autres pour notamment les actes de déplacement arbitraire, en accord avec les lois domestiques et le droit criminel international, est de mise.
A la base de ce drame se trouvent l’intolérance politique et le goût de l’enrichissement illicite. En effet, à la suite des abus graves commis par les régimes politiques dictatoriaux africains, de milliers d’êtres humains ont été contraints d’abandonner durant ces trente dernières années, manu militari, leurs lieux de résidence, familles, amis et travaille, tout ça pour épargner leur vie menacée d’extinction. A cause notamment de la prépondérance de régimes tyranniques ayant pris le peuple africain en otage, pour la plupart de cas, avec bien sûr la complicité de la communauté internationale, de familles entières et de clans ont disparus, si pas exterminés dans de zones de conflits armés internes. Dans tous ces pays africains où trônent de petits roitelets ne tolérant nullement la présence d’autres pensées politiques que celles émises par les dictateurs, de milliers de vies humaines sont constamment fauchées dans l’indifférence totale, et sans que cela ne soit portée à la connaissance de la communauté internationale. Dans beaucoup de pays africains, les autochtones vivent quasi en situation de personnes déplacées et autres réfugiés politiques. Et il était plus que temps que les choses bougent en Afrique. Coup de chapeau au président Yoweri Museveni qui a eu le mérite d’abriter et présider ce sommet spécial, et enfin de ratifier le premier cette Convention internationale africaine sur la protection de personnes déplacées et réfugiés politiques.
Et l’importance de ce sommet spécial de Kampala est à la hauteur de déclarations de plus hautes personnalités internationales qui n’ont pas tardé de saluer l’adoption de la Convention dite de Kampala, et l’esprit de la Déclaration faite en marge de ce sommet. Et en voici quelques unes que nous avons pu recueillir en vue de la sensibilisation de l’opinion.
Préoccupé par le drame de ces populations africaines et aujourd’hui marginalisées, M. Guterres a lancé un appel pressant aux dirigeants africains présent à Kampala afin qu’ils se dépassent pour redonner "un espoir et un futur" aux réfugiés et déplacés’’. A-t-il poursuivi : « l’adoption de la convention de Kampala est un évènement marquant en faveur des droits de l’homme, et une réalisation qui restera dans l’histoire ».
Réagissant pour sa part, Jakob Kellenberger, président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a eu à souligner : « Les Etats sont obligés de poursuivre pénalement des personnes qui commettent des violations graves du droit international humanitaire ». A travers cette grande déclaration, la plus haute autorité de la Cicr fustige en quelque sorte le peu de volonté exprimée par la plupart des Etats africains qui brillent plus par leur silence face à ces pratiques cruelles du reste répréhensibles. Et les plus hautes responsables politiques, notamment chefs d’Etat, ministres et hauts fonctionnaires étant au centre de tous ces crimes, ne peuvent malheureusement prononcer leur propre condamnation.
Pour le hôte du sommet, l’ougandais Yoweri Museveni, le phénomène de réfugiés politiques n’aurait pas existé s’il n’y avait pas eu de conflits armés. Dans son mot de circonstance, il a eu à souligner : « les conflits sont la principale cause qui provoque des réfugiés. C’est pourquoi la principale solution au phénomène est de s’assurer qu’il n’y a pas de conflit et que ceux en cours se terminent de manière juste ». Signalant l’absence du concept ‘’réfugié politique’’ dans le vocabulaire africain, Museveni a plaidé la cause de réfugiés politiques afin que leurs pays d’accueil respectifs leur accordent facilement la nationalité, particulièrement pour ceux ayant mis longtemps sur leurs territoires. Fort de la faiblesse de bien d’Etats africains affichant des insuffisances quant à la protection de réfugiés politiques, l’ougandais exige " le renforcement des capacités étatiques", et encourage ‘’la formation et l’intégration des réfugiés… " . Mais ce que le président ougandais oublie de souligner, c’est notamment l’implication de son propre gouvernement dans l’instabilité qui prévaut dans la zone de la sous région de pays du Grand Lac et où il est enregistré un nombre non négligeable de réfugiés et personnes déplacées. L’Ouganda, son pays, a une grande part de responsabilité dans le conflit meurtrier en Rd Congo ayant à lui seul occasionné plus de six (6.000.000) de morts et de centaines de milliers de personnes déplacées.
Les statistiques publiées ce jour par le Hcr sont fort alarmantes quant aux effectifs des réfugiés politiques et autres personnes déplacées. Selon la déclaration faite en marge de ce sommet, le. HCR s’occupe en Afrique de "10,4 millions de personnes, dont 2,6 millions de réfugiés, 295.000 réfugiés de retour chez eux, 6,3 millions de déplacés internes, 1,03 million de déplacés réinstallés, et de 100.000 apatrides".
Le gabonais Jean Ping, président de la Commission de l’UA, a pour sa part souligné que ces millions de déplacés et réfugiés constituaient "une menace pour la stabilité entière de l’Afrique". A son tour, il a péché pour n’avoir pas fustigé la part de responsabilité de gouvernements africains qui sont à la base de toute cette instabilité que connaît le continent africain. Si Jean Ping pouvait seulement se remémorer les propos tenus par le président Barack Obama à Accra, il se rendra bien compte que ses amis chefs d’Etat sont les seuls responsables du drame de populations africaines. C’est bien l’absence d’espaces démocratiques qui jettent toutes ces personnes déplacées dans le vagabondage international maquillé sous le label de tous ces jargons creux et qui sont une honte pour l’humanité. Et la question de l’avenir du continent africain qui semble tant préoccuper Ping passe par la démocratisation du continent africain.
Et pour finir cette liste, le président zambien Rupiah Banda se laisse distraire en continuant à interpeller la conscience des Nations unies afin d’une solution à la question de personnes déplacées et de réfugiés politiques. Le continent africain ne souffre nullement de l’absence de textes pour offrir enfin à son peuple paix et bonheur. Mais plutôt la mauvaise foi de ses dirigeants politiques est à la base de tous ces malaises africains. Que les chefs d’Etat démocratisent l’espace africain, et ils se rendront tout de suite compte que le nombre de conflits armés, de personnes déplacées internes et de réfugiés politiques va se mettre à baisser sensiblement le tout naturellement du monde. La déclaration du zambien que nous reprenons ci-dessous relève de la simple naïveté politique ou de la mauvaise foi. Voici ce que le président zambien a eu à déclarer : "En adoptant cette convention, nous mettons aussi au défi la communauté internationale, en particulier l’ONU, pour qu’elle commence à adopter un instrument similaire qui s’appliquera au monde entier pour garantir les droits des déplacés".
N’eut été les efforts et les encouragements de cette même communauté internationale, jamais il n’y aurait eu ce jour adoption de cette Convention de Kampala. Attendons alors de voir avec quelle vitesse la plupart des Etats africains vont enfin procéder à la ratification de ce précieux instrument international, requérant la ratification d’au moins 15 parlements pour son entrée en fonction. Pour beaucoup de chefs d’Etat africains, avoir un grand nombre de leurs compatriotes contraints à l’exil politique, au vagabondage international et à l’errance géographique à travers notamment le phénomène de ‘’personnes déplacées internes’’, est la voie royale pour tirer indignement le maximum profit de leur passage à la tête de leurs Etats respectifs.
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